Le Jardin des Délices II

Le Jardin des Délices II

ESBA Angers Événementiel Le Jardin des Délices II

Le Jardin des Délices II

Il était une fois le dernier homme

Journée d’étude organisée par l’École supérieure des beaux-arts TALM-Angers

Auditorium du musée des Beaux-Arts d’Angers
Mercredi 13 avril 2016 de 9 h 30 à 18 h

Renseignements et réservation
École supérieure des beaux-arts TALM-Angers
02 72 79 86 90 – contact-angers[at]talm.fr

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Ce cours aborde avec les élèves, à la lumière prophétique du premier « Jardin des délices » peint par Jérôme Bosch , les problématiques du transhumanisme qui guette notre XXIe siècle et ses potentialités métamorphiques excitantes et angoissantes de l’Humanité par la conjonction des diverses sciences actuelles. Pour aborder ces questions durant la journée, Hélène Mugot sera accompagnée de Jean-Clet Martin, écrivain, philosophe et enseignant, de Dany-Robert Dufour, écrivain, philosophe et anciennement professeur d’université, de Gabriela Patiño-Lakatos, docteure en philosophie et chercheuse en nouvelles sciences, en résidence actuellement à l’Institut d’Études avancées de Nantes, de Maxence Rey, chorégraphe et danseuse, en résidence à la Briqueterie – CDC du Val de Marne pour une création dans le cadre du B-Project (dans le cadre du cinq centième anniversaire de la mort de Jérôme Bosch) et de Philippe Moscato, thérapeute quantique.

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Programme

9 h 30 : Accueil
Stéphane Doré, Directeur de TALM-Angers

9 h 45 : Introduction
Hélène Mugot, artiste et enseignante à TALM-Angers

10 h : Que signifie quand on est chorégraphe de pénétrer le royaume d’un peintre tel celui de Jérôme Bosch ?
Maxence Rey, chorégraphe et danseuse

10 h 45 : Promesses d’augmentation et revers de l’entreprise prothétique contemporaine
Gabriela Patiño-Lakatos, docteure en philosophie et chercheuse en nouvelles sciences

11 h 30 : Une expérience de la totalité spatio-temporelle
Philippe Moscato, thérapeute quantique

12 h 30 : eXtension – curiosities (solo)
Performance conçue pour le musée des beaux-arts d’Angers, Maxence Rey

14 h 30 : Qu’est-ce que l’humain ?
Jean-Clet Martin, écrivain, philosophe et enseignant

15 h 15 : Il était une fois le dernier homme
Dany-Robert Dufour, écrivain, philosophe et anciennement professeur d’université

16 h : Projection de la pièce de théâtre Mr Gogol, dialogue socratique
écrit par Dany-Robert Dufour

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Que signifie quand on est chorégraphe de pénétrer le royaume d’un peintre tel celui de Jérôme Bosch ?
Maxence Rey

Quel potentiel chorégraphique percevoir dans l’œuvre de Jérôme Bosch ? Quels liens tisser entre une œuvre de plus de cinq-cents ans et nos jours, qui s’accorde avec mes propres obsessions artistiques ?
Une résonance m’apparaît très clairement : celle des corps hybrides et monstrueux des créatures surréalistes peuplant les tableaux de Jérôme Bosch avec mon univers chorégraphique où la grâce reste familière du grotesque, où la frontière ténue, entre beauté et horreur, guide chacune de mes pièces dans des contrées imaginaires questionnant l’humain et ses métamorphoses.
C’est cet endroit de monstrueuse humanité, d’inquiétante étrangeté, qu’interroge Curiosities, pièce créée en mars 2014 spécifiquement autour de l’univers du peintre.
À coups de corps morcelés, de démembrements mi-humains mi-animaux, Curiosities façonne les monstres boschiens jusqu’à ce qu’éclose une créature fascinante, fantasmagorique à plusieurs visages, entre passé, présent et futur.

 

Promesses d’augmentation et revers de l’entreprise prothétique contemporaine
Gabriela Patiño-Lakatos

La signification énigmatique du Jardin des délices de Jérôme Bosch nous est, dans toutes ses implications symboliques, difficilement accessible aujourd’hui. Les visions fantastiques que l’artiste y a représentées, visions venant d’un autre temps, ont néanmoins la capacité d’atteindre le spectateur contemporain. Elles mettent sous les yeux l’inquiétude dont est saisi celui qui prend conscience de la fragilité, et du drame, d’une aventure humaine qui se résume en trois scènes : la nostalgie d’un état originaire, fantasmatique, d’existence en parfaite communion et adéquation avec les éléments du monde ; le dérèglement concomitant à la position désirante de l’homme par laquelle il est poussé vers les plus étranges configurations et arrangements, dans une quête de jouissance qui apparaît d’abord sous les aspects les plus flatteurs et positifs de la volupté ; les effets et conséquences de cette quête qui, sous sa face négative et apocalyptique, se retourne contre l’homme lui-même. D’une scène à l’autre, architectures et artifices improbables se multiplient. Drôles de bricolages et étranges assemblages d’êtres peuplent le monde.
La lecture de ces scènes mythiques nous permet d’appréhender ainsi les différentes facettes du rapport complexe que l’homme entretient avec la technique, de tout temps, mais particulièrement à l’époque actuelle : sur la base d’une course technologique ambitieuse, et moyens à l’appui, promesse nous est faite maintenant d’un dépassement sans précédents des conditions corporelles qui jusque-là définissaient les contours de notre humanité. Les rapports à soi, à l’autre social et au monde
sont de ce fait bouleversés. Je propose d’analyser certaines implications et effets anthropogénétiques (puisqu’il est question de la fabrique de l’humain) de l’évolution technologique que nous connaissons aujourd’hui, en prenant comme point de départ des expériences menées dans le domaine de la recherche, de la création et de l’éducation musicale. Et ce parce que les transformations et les promesses technologiques en question modifient fondamentalement les processus de création et de réception artistique ; les artistes s’emparent de nouveaux moyens et appréhendent l’air du temps de différentes manières, nous dévoilant à travers leurs œuvres divers aspects de cette réalité qui est la nôtre. C’est ainsi que Jérôme Bosch a été dans son temps un témoin singulier des nouvelles instabilités introduites par les multiples innovations culturelles de la Renaissance – cette époque ayant connu un élan de bricolages en tout genre. La réflexion pratique proposée ici s’appuiera sur les rapports constitutifs que nous pouvons déceler entre les concepts de néoténie, de prothèse et de sémiose pour l’anthropogénèse. Les effets des activités prothétiques contemporaines sur les processus de création et de réception d’œuvres artistiques seront analysés en fonction des rapports qui peuvent se nouer entre quatre types d’économie : économie subjective ; économie sociale ; économie poïétique (de l’œuvre) ; économie marchande-industrielle. Seront abordés en particulier les effets de l’« ouverture organologique » qui caractérise ces activités prothétiques sur l’expérience perceptive, sur la nature du geste et sur la configuration des différentes fonctions subjectives inhérentes au processus de création.

 

Une expérience de la totalité spatio-temporelle
Philippe Moscato

Lorsqu’Hélène Mugot me parla de la recherche qu’elle menait avec ses étudiants d’art à partir du Jardin des Délices de Jérôme Bosch, je lui fis spontanément part de mon sentiment que ce peintre à l’univers si visionnaire et énigmatique avait pu partager la même expérience que moi : ce qu’on appelle une EMI (une expérience de mort imminente). Je lui décrivis avec mes mots ce que j’avais vécu, senti, perçu hors de mon corps que les médecins tentaient de sauver, que m’évoquaient ces étranges scènes peintes peut-être comme les lambeaux de ses visions ou des métaphores d’expériences intransmissibles.
En cette fin de Moyen-âge épris de merveilleux, de mystère ésotérique, d’occultisme initiatique et d’alchimie, Jérôme Bosch donnait à voir un univers profondément original et inédit qui nous fascine toujours.
Et si cette œuvre magistrale tentait de nous révéler l’existence d’un monde caché, invisible et inconnu pour le plus grand nombre, mais tout aussi réel que le nôtre. Et s’il essayait de nous dire que l’Enfer ou le Paradis ne sont pas ce que les religions judéo-chrétiennes nous ont transmis. Et si les temps qui viennent où convergent des sciences et des technologies nouvelles qui vont augmenter l’Homme approuvait la réalité de nos rêves ?

 

Qu’est-ce que l’humain ?
Jean-Clet Martin
Aborder l’humain, ce n’est pas parler d’une espèce, d’un comportement déterminé par un caractère. Rien n’est écrit dans les lignes de la main. La nature humaine n’est pas tracée, n’est pas fixée. Sa seule nature est de n’en avoir aucune. Les ordinateurs sont humains, jouent aux échecs et le cas échéant y gagnent. Les machines sont, à la lisière de l’humain, un prolongement qui relance les possibilités perfectibles de l’homme. La transhumanisme n’est pas même nécessaire tant le concept d’homme déborde la nature vers l’artifice, la technique, l’art qui se servent des «mains» dont la fonction n’est plus celle de l’organe, ni celle de grimper, de sauter, de courir en s’aidant des pattes antérieures. Celles-ci sont entrées plutôt dans ce que Deleuze appelle un «corps sans organes». C’est ce concept que nous voudrions aborder en une libre improvisation tout en pointant des relations de voisinage entre l’animal, les machines et les hommes. Mondes humains, mondes animaux, mondes mécaniques et cybernétiques ne suffiront pas à évoquer le débordement de l’homme par lui-même.

 

Il était une fois le dernier homme suivi de Mr. Gogol, dialogue socratique
écrit par Dany-Robert Dufour

Les individus doivent mourir pour que l’espèce vive. Cette simple équation a toujours beaucoup contrarié le genre humain. C’est pourquoi toutes les civilisations se sont appliquées à la résoudre. Dans la nôtre, il en est sorti un traitement narratif et symbolique. Sa forme générale est celle du déni : « Je meurs, mais quand même, je vais revivre autrement ». Les Grecs ont proposé à cet endroit la théorie de la métempsychose : après la mort, les âmes migrent vers un nouveau corps.
Quant au grand récit monothéiste, s’il a provoqué tant d’adhésions béates depuis deux millénaires, c’est parce qu’il disait aux êtres humains, mortels, ce qu’ils voulaient entendre : « Certes, vous allez mourir, mais… Mais, si vous vous conduisez dans votre vie en suivant quelques préceptes (cf. les Commandements ou Paroles), vous gagnerez la vie éternelle ». Tout le monde ou presque y a cru d’autant que, personne, à ma connaissance, n’est revenu après sa mort pour dire aux encore vivants : « Ce sont des balivernes. Y’a rien ». C’est seulement au commencement de la fin de la modernité que quelqu’un a écrit une pièce de théâtre, intitulée En attendant Godot, pour dire : « Il ne viendra pas vous sauver ». Ça a fait date. Beckett en fut gratifié du prix Nobel.
Aujourd’hui, d’aucuns se mettent à penser que ce problème ne peut pas être résolu par un traitement symbolique, mais par un traitement réel. Le transhumanisme propose de traiter la mort comme une maladie que l’on doit guérir. Il ne peut s’ensuivre que des bouleversements considérables dans toutes les formes de pensée et d’être au monde.
Cette mutation m’a provoqué à écrire une piécette où les deux bouts de notre civilisation se rencontrent, d’un côté Socrate et de l’autre Mr. Gogol, tenant du transhumanisme. Elle a été jouée en juin 2015 au Théâtre de la Tempête à l’occasion des journées « Philo à vif » que j’y organisais à la demande de son directeur, Philippe Adrien.

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